23 septembre 2013

Bisou papa - la course du matin

C'est un papa comme un autre. Un papa comme beaucoup d'autres en tout cas. Un papa célibataire.
Un jour sur deux il est papa, un jour sur deux il ne l'est pas.
Selon le planning en tout cas. Car même quand il ne l'est pas, il l'est beaucoup, papa.

Et puis un jour sur deux c'est facile à dire; c'est une moyenne et les horaires sont compliqués.
Sauf pour les kids. Eux ils savent toujours où ils vont être dans 1, 2, 4, 7 dodos. Et ils sont bien dans le rythme.
Poissons dans l'eau.

Il a de la chance. Il a toujours fait partie des papas qui étaient beaucoup mamans.
Depuis le premier jour et même les précédents il savait quoi faire à manger, comment habiller, comment soigner, langer, laver, comment tenir la maison seul.
D'ailleurs c'était la plupart du temps son rôle de faire le souper. A chacun ses choix.

Un temps on a appelé ça les nouveaux papas. Çà l'énervait un peu. Il n'était pas nouveau il a toujours été comme ça.

Quand le kid tombait et pleurait il n'allait pas systématiquement dans les bras de maman.
Il savait, le kid, que la tendresse se trouvait aussi dans les bras de papa.
Que ces bras là réconfortent autant.

Un peu après avoir fabriqué le petit frère, maman avait eu envie de partir vivre autre chose et il a appris à gérer seul et non plus en binôme.

Moins facile ça. Plus question de dire "Chérie, prends-le un peu; il me gonfle!"
Plus possible de rentrer à temps du boulot sans nounou, frère, sœur ou coup de main...

Une charge de plus que connaissent tous les mono-parents.
Etre seul à fixer les limites, être seul à combler les besoins affectifs, être seul à écouter.
Le risque de rater quelque chose, le risque de ne pas être assez attentif sous la masse de choses à faire.

Le stress du matin. Se lever, les lever, le pipi, brosser les dents, s'habiller, descendre, manger, préparer les tartines, boire, écouter, rappeler, faire les sacs, c'est demain piscine?, mettre les chaussures, les manteaux, monter dans l'auto, le trafic, le parking malaisé, sortir tout de l'auto, traverser la rue en dehors des clous (la ville n'en a pas mis entre le parking et l'école...), sonner à la porte, leur dire au revoir, se serrer dans le bras, bisou papa.

Se demander si on n'est pas trop dur avec eux avec notre 8-18; mille questions, refuser de les presser et de faire du matin une course pour eux, rester dans une dynamique confortable. L'ai-je fait aujourd'hui?

Guetter sans le montrer leurs regards, leurs attitudes...

Se relever et voir le sourire attendri de la dame de la porterie.

Les regarder partir vers la cour en papotant, confiants, dans leur élément, sereins, forts de l'insouciance de leurs histoires, heureux.

Écraser une larme, courir vers l'auto, ne pas rater son train, encore un parking à trouver, la course, bosser.

Plus que 58 heures avant de les revoir...


24 avril 2013

Le Soir au pays des merveilles socialistes


Waterloo, morne plaine
J'ai failli m'étouffer ce matin. J'ai lu l' "édito" de Béatrice Delvaux dans Le Soir de ce jour. (le 24 avril 2013)

Le titre : "La Wallonie a gagné une bataille, pas la guerre"
Dans notre paysage wallon en cours de désertification cette annonce crée l'espoir. On se dit "Tiens? Une lueur au bout du tunnel?" Un indicateur économique se reprend? Le chômage baisse? L'administration se dépolitise?

Que nenni.

S'ensuit un véritable publi-reportage qui présente la wallonie sous un jour dans lequel aucun wallon ne vivant pas dans ses rêves ne peut se reconnaître.

Car si, certes, le wallon est plus conscient aujourd'hui qu'avant la crise institutionnelle de sa capacité à se prendre en main sans la flandre; que ce sera dur mais qu'on pourrait y arriver, le reste de l'article est une ode à l'(in)action gouvernementale wallonne qui aurait pu tout droit sortir, encore une fois, des plumes du Boulevard de l'Empereur.

Sachez que Marcourt l'a dit depuis chicago (sic) ; "il se passe des choses chez nous". Il parlait de Liège-Bastogne-Liège? Non, du tout; je cite: "Un triple phénomène vertueux" - je serais bien heureux qu'un peu de vertu soit entré dans notre bon vieux PS. Depuis le temps qu'il passe d'affaire en affaire on ne saurait que s'en réjouir. Mais encore une fois non, ce n'est pas ça.


On y lit "La dynamique du plan Marshall qui a insufflé un état d’esprit et mis en place une colonne vertébrale de redéploiement économique"

Okéééééé. Relisez la phrase parce que ce n'est pas évident.
Il y a donc une "dynamique du Plan Marshall"

Je cite wikipédia (ok c'est lame mais bon); Le Plan Marshall c'est :
le réaménagement des friches industrielles, la dépollution des terrains pollués et leur valorisation économique (industries lourdes et polluantes) et la mise à disposition de terrains pour de nouvelles zones d'activités économiques (en juin 2009, les ministres wallons de l'Economie et de l'Aménagement du Territoire sont tombés d'accord sur plus de 2700 hectares). De plus, la Région aide les intercommunales pour les aider à construire/aménager les parcs d'activités économiques. Les autres secteurs bénéficiant du plan Marshall sont notamment la logistique, la chimie/pharmacie et les hautes technologies.
Des terrains, des intercommunales et du subside saupoudré.
Ce plan est régulièrement dénoncé comme un pur plan Com, une suite d'effets d'annonce. Le gouvernement lui-même reconnaît face à la commission européenne qu'il s'agit d'"appâter le client", la création d'emploi ne pouvant se faire que par des entreprises privées, il faut donner les conditions de la réussite... Mais le plan malheureusement ne règle aucun problème de compétitivité, n'aborde pas le problème belge de la hauteur de l'impôt, des charges sociales...

Une critique plus éclairée que moi en disait ceci : '
l'auteur "pointe les limites d'une action régionale qui fait penser à une relance à la Keynes qui repose entre autres sur une politique budgétaire (or la Wallonie a des compétences fiscales limitées), et monétaire (or la politique monétaire est du ressort de l'Union européenne).  De plus, selon elle, la Wallonie n'a pas la taille adéquate. Elle rappelle que les pôles de compétitivité sont : la santé, l'aéronautique, l'agroalimentaire, la mécanique et les transports. Elle écrit que l'ensemble du Plan M. « ne manque pas d'allure et il serait malvenu de négliger certains effets structurants des pôles de compétitivité. Mais bien entendu, ils n'ont pas échappé aux comportements lobbyistes, aux équilibrages sous-régionaux, aux positionnements quémandeurs des labos universitaires, et, parfois, à la loi du plus fort. » (p.62).
Et je vous lie aussi le PAN, pour le fun.

Alors elle est en quoi cette colonne vertébrale ? En certificats verts ? En vent d'éolienne ? En allongement de piste d'aéroport ? En mètres carrés de zoning vide ? En promesses d'un avenir meilleur ? En record de nombre de faillites ?

Un plan com et d'aménagement du territoire qui crée une colonne vertébrale, la voilà la nouvelle ! Une vraie avancée dans le secteur médical !

Le deuxième point vertueux selon Béatrice Delvaux c'est, accrochez vous : "Le mental wallon, s’éloignant d’un assistanat jugé atavique, tâtant gaiement d’un certain entrepreneurship, le tout assorti d’une envie de se doter d’outils de progression"

Diantre, l'assistanat c'est mal. Ne dites rien à Claude Emonts. Et nous "tâtons donc d'un certain entrepreneurship"... C'est dommage que les chiffres montrent un déclin net de la création d'entreprises et un nombre record de faillites.

Bordel à la déontologie journalistique. Une éditorialiste écrit noir sur blanc l'inverse de la réalité. En le sachant. Il y a des cartes de presse qui ne méritent pas leur attribution.
Tâtons tous ensemble gaiement...


Aussi grâce à " Erasmus pour les jeunes, stages à l’étranger posthumanités, écoles d’immersion. C’est un grand coup de balai dans la fatalité « wallon, pas mobile, pas bilingue » "
C'est sûr qu'un an de vacances à Barcelone, ça va booster nos scores en néerlandais ! Quand aux écoles d'immersion il doit bien y en avoir une dizaine d'agréées en wallonie... je n'ai pas vérifié mais le dernier document que j'ai downloadé sur le cite de la communauté française citait un nombre du genre.


Dernier point de cet essai et pas le moins comique : "Le turbo des villes : Liège a lancé le mouvement, Namur veut faire pareil, Charleroi bénéficie pour l’instant d’un effet Magnette et d’une communauté d’envies."

Passons sur le choix de l'expression "mettre le turbo" dont la métaphore automobile nous ferait presque oublier la guérilla urbaine que ces villes livrent à l'auto, ce démon qu'elle tentent de chasser de leurs rues et de freiner à tout prix sans avoir mis en place la moindre alternative de mobilité.
On ne compte plus les suppressions de place de parking, les réductions de bandes, les entraves à la circulation... Mais s'il n'est pas automobile, quel est donc ce turbo?

A Liège la majorité vous dira que c'est le tram. Dommage que celui-ci soit tant décrié, basé sur un tracé minimaliste ignorant les quartiers et la rive droite de la meuse (la plus peuplée), mettant le centre en impasse et étant réalisé sans... plan de mobilité. Oui vous avez bien lu. Ce tram n'est d'ailleurs en fait qu'un marchandage pour permettre d'enterrer la liaison autoroutière Cerexhe-Heuse-Beaufays chèrement combattue par les verts. Un petit milliard d'euros pour "mettre le turbo" et aller dans le mur de la mobilité citadine.

A namur vous apprenez donc qu'on "veut faire pareil". Comme ce Mr du MR qui voudrait qu'on cesse de se rassembler dans les espaces publics? Bel élan libertaire...
Vous l'avez senti cet équilibrage purement interne au PS où l'on ne peut mentionner Liège ou Charleroi sans mentionner  "l'autre" et Namur pour ménager les sensibilités?

Et la cerise sur le gâteau : l'effet Magnette !
Alors l'effet Magnette c'est un bazaaar aussi ça tu sais... D'abord le mec te dit qu'il va consacrer "toute son énergie à sa ville" ... "mais dans quelques mois, parce que tu comprends je bosse ailleurs." Puis t'apprends qu'en fait il sera aussi député et président de parti. Parce que bourgmestre, député et président de parti ça laisse plein de temps libre tu comprends, alors autant cumuler ! Et en fait de communauté d'envies, son premier conseil est l'occasion de satisfaire cette envie de 72 iPhones... Un bel élan wallon moi je dis !

Avec des journalistes et des politiques de redressement de cet acabit vous en êtes maintenant tous persuadés. La wallonie a gagné une bataille ! Mais l'info nous fait son Waterloo...

Allez, pour la route :
Image UBUPAN 

08 janvier 2013

Entrepreneur: Aide toi et l'état te tuera



En Belgique 80% de l'emploi privé est dans les PME; 

Les grandes entreprises, choyées par le gouvernement, niches fiscalisées, hautement subsidiées en certificats verts ou autres ne représentent qu'une toute petite partie de notre économie. Seul un patron sur 20 est un grand patron. Les 19 autres, beaucoup moins médiatisés pourtant, sont ceux qui font réellement tourner le pays. 
Les plus petites structures sont aussi probablement la seule façon de développer des emplois non subsidiés durables. 

Ces structures qui devraient être l'objet de toutes les attentions, voici comment on les traite : l'expérience de mon ami Antoine Bini, patron de La Cour Saint-Jean à Liège. Le texte ci-dessous est de lui et relate sa dernière expérience. Ce n'est malheureusement pas la seule mésaventure du genre qu'il a pu connaître, ni une exception dans la vie d'un indépendant, mais elle est révélatrice d'une réelle déconnexion entre la réalité et l'appareil de l'état. On tue les entrepreneurs à coups de règlements ineptes, taxes ahurissantes et autres impôts à plus de 309%.

La Meuse d'aujourd'hui publiait un article sur le nombre record de faillites à Liège. Après avoir lu ceci, vous ne vous demanderez plus pourquoi. Entre un ami qui doit arrêter de faire payer ses concerts parce que la SABAM lui réclamait plus que son cachet pour jouer ses compos perso et les mille autres exemples du genre... Edifiant, mais outrant surtout. On voudrait fabriquer des chomeurs qu'on ne ferait pas autrement. 


Au secours! 


Le texte d'Antoine:


En 2008, Les Trois Rivières (un café fête Liégeois, ndm) se font contrôler par la ministère de l'intérieur. Ce bar avait à l'époque des portiers qui ne disposaient pas de ce statut.

A cette occasion nous découvrons qu'en tant que patron de café nous devons disposer d'un agrément ministériel, éventuellement consenti après 3 mois de formation à Marchienne-Au-Pont, un mémoire de fin de formation, et plein de choses très utiles au patron de Group4, moins à un pauvre patron de bistrot et son unique portier.

(formation à 1200 euros + les trajets)

Nous nous inscrivons à plusieurs patrons, et nous nous retrouvons au milieu de portiers voulant devenir chefs, ou de responsables de la sécurité de grands groupes comme Carrefour...

Pendant cette formation je suis à mon tour contrôlé. La situation est simple : mon portier est bien déclaré comme tel, il est assuré pour 3 millions d'euros de responsabilité civile (comme la loi l'impose), et il dispose de la formation "Loi Tobback". Evidemment, étant en cours de formation, je ne dispose pas encore de mon autorisation de "dirigeant d'agent de sécurité".

La contrôleuse me dit "Vous savez, j'ai fait le droit à Liège, j'ai dansé sur les tables de la cour durant toutes mes études, vous êtes quasiment en règle, je ne vais vous mettre qu'un avertissement."

Le policier Liégeois, plein de principes, insiste pour qu'on me dresse tout de même un procès verbal en signalant qu'il ne les a quand même pas fait venir pour rien...

La gentille fonctionnaire me dresse alors un PV dans lequel elle insiste bien sur la petitesse de l'infraction.

Je réussis les examens et obtiens mon agrément ministériel et le droit de payer une redevance de 750 euros par an au fond des entreprises de gardiennage.

En 2010 je passe au tribunal. Le juge me dit : "Vous savez, j'ai fait le droit à Liège, je connais très bien la cour, j'y ai dansé sur les tables. Je reconnais que les amendes pour ce type d'infractions sont exagérées, d'autant que vous auriez risqué moins au pénal. Mais je n'ai pas envie de m'en occuper, ce jour là vous n'étiez pas en règle, donc je vous condamne à l'amende minimum."

Amende minimum (12500)+ frais de justices adverses + mes frais de justices = 15.600 euros

Puis plus aucune nouvelle à part le jugement... j'attends l'ordre de paiement, pour demander un échelonnement de paiement...

Celui-ci arrive lundi il y a deux semaines, soit 2 ans plus tard... Malgré le fait que ce soit le premier document que je reçoive, le paiement doit être effectué dans les 24h.

Evidemment, puisque deux ans se sont écoulés avant de recevoir le document, ils comptent 2700 euros d'intérêts, non pas depuis le jugement, mais depuis l'infraction.

Alors, au risque d'énerver mes amis du PTB puisque je ne suis qu'un enculé de patron et que je n'ai certainement que ce que je mérite, je ne m'étonne pas du tout du nombre de faillites dans ce pays...

Entreprends, travaille, et on te détruira.



Un petit verre calme à la Cour :)
( Je précise que la décision du tribunal est sans appel possible hors cassation. Pour gagner 15.000€, il faut plus ou moins servir 40.000 bières. Soit Plus de 200 fûts... Santé... )

08 octobre 2012

Claudy va voter socialiste en 2012


Vous ne connaissez pas Claudy. Mais on en connaît tous un. Notez il aurait pu s'appeler Marco, Fernand ou Khalid. Mais les gens ont assez de tares sans qu'on les affuble des préjugés qu'on nous bourre dans le crâne.

Claudy va voter socialiste en 2012.
Ca c'est de l'info. Pas assez pour faire la une du Soir mais le rédac-chef m'a demandé des témoignages.
Oui je sais moi aussi je m'en fous de qui vote pour qui.
Le rédac-chef aussi. Pas sûr qu'il aime mon papier pourtant, je vais encore ramasser.


Une info anodine mais derrière le rideau un truc qu'on regrette vite d'avoir vu.
Un peu comme quand tu grattes un bouton et qu'il y a du pus. Mouais, pas frais, on en prend une autre.
Ou un peu comme quand tu cueilles des tomates. J'aime bien ça les tomates; je les coupe en dés, une cuillère de mayonnaise, un lichette de vinaigre, un peu de ciboulette, sel, poivre noir, même les gosses adorent.
C'est bon les tomates; c'est rouge, c'est sain, mais quand on les cueille on a les mains qui puent...
Et bien Claudy quand il reposera son crayon rouge après avoir rempli de rouge un rond dans un carré sur le bulletin de vote de la liste rouge, il aura aussi les mains qui puent.

Claudy il s'en fout de la politique. Il déteste en fait même. Vous devriez le voir Claudy, avec sa tronche.
Quand je l'ai vu la première fois j'étais pas à l'aise. Une gueule burinée, toute en angles, un nez pincé, des yeux perçants un brin chafouins, un peau brune ridée comme le cul d'une vieille de 90 berges. Il a 50 ans.
Il tire sur le mégot d'une roulée main Rizzla et Ajja 17 qu'il tient avec la braise à l'intérieur de la main, habitué à fumer au grand air.
Il ne te regarde pas il te soupèse. Tu passes à deux doigts de la mandale et son haussement de sourcil te dit juste que tu n'en vaux pas la peine.

Il n'aime pas trop son boulot qu'il me dit. Il est ouvrier communal.
Le pire dit-il c'est son chef. Un vicelard son chef.
Il ne le dit pas tel quel mais les quelques mots qu'il renvoie quand je pose mes questions sont sans appel.
Le chef, il a eu son poste après avoir épousé la cousine par alliance du bourgmestre. Un petit gras qui sue tout le temps. Pas le bourgmestre. Enfin, si, le bourgmestre est gras aussi mais c'est pas pareil.
Le stress que ça doit être, pour le chef. Il n'en touche pas une et il le sait. Mais il sait qu'on le sait aussi et ça le stresse, ça l'aigrit. A cause de ça les horaires sont durs. Pour prouver que c'est lui le chef.

Il aimerait bien changer de boulot Claudy mais il n'a pas son certificat. L'enseignement obligatoire quand on lui en parle il sourit jaune. Ses dents sont jaunes aussi, forcément vu la merde qu'il fume... mais le rictus sent la rancoeur. C'est pas sa faute à Claudy si son père lui rendait pas la vie facile. Alors à l'école on l'a mis en professionnel. Un cas difficile qu'il disait le préfet. Une graine de délinquant. Mais quand il a pu il a quitté. Trouvé des boulots saisonniers puis il est rentré manoeuvre à la commune. Via un ami.

Et depuis il est piégé. Ho le boulot ça va encore mais c'est les à-côtés... Ca ne le gêne pas trop d'aller coller les affiches pour le bourgmestre pendant les campagnes. Mais depuis quelques années les horaires sont pénibles parce qu'on ne peut plus sur-coller les autres alors il faut sortir aussi la nuit "pour pas que ça se voie"
Et puis maintenant il faut prendre congé pour coller. "Y'a eu un procès ou quoi. Ce serait mal d'utiliser les fonds publics pour sa campagne au bourgmestre." Qu'il dit Claudy.
Il n'était pas trop chaud pour prendre ses congés parce qu'il n'en a pas beaucoup mais on lui a fait comprendre qu'il fallait pas trop hésiter.

Une fois habitué à l'odeur rance de la sueur à la Cara pils et à l'odeur de goudron qui s'émane du camion de la commune je pourrais même m'attacher à cette gueule.

Il avait des idées pourtant qu'il dit. Il aurait bien démarré une entreprise de construction avec son beau-frère qui avait un peu de côté. Il aime bien maçonner.
Mais c'est passé. Créer sa boîte c'est pas un truc qu'on apprend à l'école. Et il a pas fini de toute façon.
Il venait d'avoir la petite et prendre des risques c'était pas le moment.
Puis c'est mal vu. C'est pour les riches. Les riches il n'a pas trop confiance.
Il n'en connaît pas beaucoup des riches mais une fois il a eu des problèmes. Son propriétaire qui ne voulait pas payer les réparations dans la maison qu'il louait avec sa femme. Il roulait en mercedes pourtant le type.

Je lui paie un bière et une frite à midi. Normalement ils mangent sur le chantier mais comme je suis là on sent qu'il y a une tension. On marche sur des oeufs et pas sûr qu'on aime l'odeur s'ils cassent.
"Le journalisss" qu'ils m'appellent. Un hochement de tête de son chef et on décolle.
Il est toujours sur ses gardes. Il lui en faudra plus pour me faire confiance. Après deux-trois Jup et une mitraillette andalouse il me demande sur quoi est mon papier.

"Sur les gens qui votent socialiste" je dis.
"Comment je sais qu'il vote socialiste? C'est pas secret? Et y'a quelqu'un que ça intéresse à part son chef?"
"On a sonné à la commune, demandé qui se proposait pour aller coller les affiches."

Se proposer. Il voit. Il s'excuse pas. Ses épaules s'abaissent un peu.

Il me raconte Julia. Elle est à l'école sa petite. La grande école. Elle étudie. Comptable qu'elle va devenir. Ca coûte cher aussi.

Changer de boulot il peut pas se permettre, patron non plus, et le chômage ce serait la mort.
Il a peur. Peur que comme pour lui l'école ne serve à rien à Julia. Ne soit pas qualifiante. Ne lui donne pas de boulot. 20 ans qu'elle a. Elle rêve qu'il dit. D'une jolie maison, d'un travail.
Peut-être que s'il demande le bourgmestre lui trouvera un petit quelque chose.

Il me raconte son frère qui a fait les grèves des métallos. Qui s'est retrouvé au chômage. Que le chômage c'est un piège. Qu'on n'en sort jamais. Que c'est fait exprès. Comme ça on peut lui dire ce qu'il doit faire. Son frère s'en est pas sorti en tout cas. Sa femme l'a quitté pour un type qui servait au café de la gare. Il s'est barré aussi mais elle n'est pas revenue.
C'est pas facile seul avec tous ces prix qui augmentent.
Il est remonté son frère! Ha faut l'entendre!
T'as vu la tour Mittal à Londres? 18 millions ! Au lieu de sauver les hauts fourneaux de Seraing !
Je ne lui dis pas que la Région a donné 700 Millions de certificats verts à Mittal. Que cette subvention c'est 2 ans de salaire par emploi direct et indirect. Qu'avec ce pognon on aurait pu redéployer le bassin.
Qu'on aurait du le faire depuis 1973 et le choc pétrolier. Ou depuis 1962 quand les flamands ont créé Sidmar. On le savait que l'accès à la mer les rendrait plus compétitifs que nous mais on a continué à subventionner.
Un goût de bile en bouche...
Malgré la Jup.
Subventionner.
Pour rendre redevables plein de Claudy.

Je lui tends la main à Claudy.
A sa gueule de lame de couteau.
A sa main qui pue la victime et le clientélisme. Une main qui a souvent du faire le coup de poing.
La petite main du parti... Je ne la vois plus comme ça pourtant.

Il la prend. Il me dit que je suis pas comme les autres.
Je ne lui dis pas que lui bien.

Claudy va voter socialiste en 2012. Comme chaque fois. Comme plein de petites mains du parti. Des mains qui puent la peur.


(texte initialement publié pour le projet Ultra-Gonzo 2.0)












25 juillet 2012

Linux, Windows, Mac - comparaison immobilière

Linux c'est comme retaper tout seul une maison à la campagne. Tu dois parfois faire appel à de la main d'oeuvre spécialisée, être capable de mettre les mains dans le cambouis, les technologies nouvelles mettent du temps à arriver mais tu y arrives. 

Windows c'est comme une maison préfabriquée. La finition est très moyenne, peu de protection contre l'intrusion et tes voisins entendent tout ce que tu dis. Il faut souvent refaire un morceau et tu n'est pas assuré contre les dégâts que font les autres.

Le Mac c'est une maison d'architecte. Un peu plus cher à l'achat, certes mais pour un résultat de meilleure qualité, plaisir garanti où tu peux enfin vivre et ne plus bricoler. 

20 juin 2012

Ecolo, saborde toi !



L'écologie. Un mal qui répand la terreur. Mal que le ciel en sa fureur... Wesh non, c'est la pollution ça.
On nous dit qu'elle est partout et ce n'est pas faux. Une nouvelle peste qui empoisonne notre présent.
Et ne parlons même pas de notre futur. La planète souffre. De plus en plus de masses d'eau sont polluées. L'air lui-même est nocif dans beaucoup de mégapoles et même en dehors. Le réchauffement par effet de serre reste une inquiétude fondamentale. La possibilité de nourrir l'ensemble de la population, les destruction de forêts, les giga-cultures en Afrique et Amérique du sud, les sujets sont légion. Ils ne nous pardonneront pas.  Ils ne nous oublieront pas. 

Face à ces craintes est né le mouvement écologiste, dont le présence se traduit souvent par l'existence de partis éponymes. Ecolo, Groen, les verts (ils ne sont pas top originaux dans leurs patronymes, ok... )

A ce stade de la conscientisation, il m'apparaît que les avancées écologistes se font trop lentement. Il faut accélérer la cadence.

Et pour ce faire, je plaide pour que ces partis se dissolvent.

Leur présence est un frein à l'adoption de réformes réellement écologiques.
Pour plusieurs raisons.

Tout petit tout petit la planète

Ils n'ont pas réussi à devenir des partis généralistes.
Ecolo, en Belgique comme ailleurs, recueille des scores proches des partis confessionnels. Et c'est un signe.

L'écologie fait figure de profession de foi. Ses adeptes, convaincus, percent peu parmi les électorats qui veulent une politique plus fine, plus adaptées à toutes les réalités.
Un exemple est leur politique en matière de mobilité qui se résume plus ou moins à "sus à l'auto, haro sur l'automobiliste".
Si au passage on asphyxie l'activité économique des villes, ils s'en foutent et te répondent "les gens n'ont qu'à s'adapter. Si je roule en vélo tout le monde peut le faire". 

Car tout persuadé de sa vertu éminemment plus grande que celle du non pratiquant, l'écologiste méprise un peu parfois l'usager moyen...
Leur faire comprendre qu'il faut d'abord mettre en place des services alternatifs de mobilité puis, quand ceux ci sont installés, inciter les gens à les utiliser, est une notion bien difficile à faire passer.
Parce que le sentiment l'emporte sur la raison.

Pour cette raison, le programme économique d'écolo est donc une gageure.

Alibi-bi-bi j'en suis baba

Ils ne peuvent non plus prétendre rêver d'être un jour un parti leader de coalition et cela amène le défaut suivant :
Ils servent d'alibi aux autres partis qui n'adoptent que timidement les enjeux écologique.
La présence des verts au gouvernement se fait sentir par l'ajout d'un adjectif sur un plan marchal, par la nomination de ministres, et par des prises de position saupoudrées et mâtinées d'interventionnisme talibanesque vert.
Les partis traditionnels peuvent se contenter d'ignorer largement le sujet, en reprenant à leur compte l'une ou l'autre proposition plutôt timide qui leur donnera bonne conscience et l'image qu'ils cherchent. 
Sans convictions, ces réformettes n'apportent pas beaucoup d'eau propre au moulin de la sauvegarde de l'environnement. Elle retardent les vraies actions. 

Trop is te veel

En conséquence et sans s'en apercevoir, ils radicalisent contre l'écologie par leurs errances et prises de positions extrémistes.
On ne compte plus les sorties d'Henry qui crispent l'opinion et sont souvent prises en dépit du bons sens sur le plan de l'évolution de la société, même si elles adressent au passage un point écologique pertinent. 

Le parc éolion de Tinlot, les noyaux d'habitat, le tracé du Tram de liège, autant de points dont l'éclairage vert fausse une prise de position prise aussi bien à l'avantage des populations concernées que des enjeux écologiques.
Citons aussi même en vrac les écotaxes, une sortie non contrôlée du nucléaire, la rage taxatoire automobile des derniers accords, les discours culpabilisants...
Et que dire des milliards (2,5) prélevés dans la poche du citoyen pour payer les certificats verts du photo-voltaïque. On prend dans la poche de tous, dont les plus pauvres, pour financer le train de vie de ceux qui ont su se payer des panneaux. Et sans doute un milliard et demi pour l'éolien. Si ça c'est un idéal politique...
Ou encore les 700 millions d'euro de certificats co2 offerts à Mittal. On a vu le bien que cela faisait.

C'est pourquoi j'appelle Ecolo à cesser les frais.
Qu'ils se dissolvent.

Qu'ils rejoignent tous les formations politiques qui se rapprochent le plus de leur crédo et qu'ils les noyautent de l'intérieur pour faire percoler l'idéal écologiste dans tous les appareils.
Que l'écologie soit écoutée à l'intérieur de chaque parti, non comme une touche exogène qu'on rajoute sur le tard mais comme partie prenante d'une réflexion qui se frotte aux réalités sociales, urbanistiques, économiques.
Si l'écologie refuse ces confrontations elle restera une utopie !
Qu'elle soit pervasive et non le maigre dernier volet d'une négociation et quelques pâles victoires arrachées pour faire survivre un appareil particratique.

Ils sont majoritairement de gauche? Cela tombe bien, le paysage politique wallon aussi.
Et qui ne voyait pas Javaux au cdh? Deleuze au PTB? Henry au MR?

Cela faciliterait la création de coalitions, défragmenterait la gauche et entrainerait une diminution de l'argent reversé aux partis, ce qui devrait aller dans le sens de leur amour de la bonne gouvernance et de la bonne utilisation des deniers publics.
Et ça enlèverait ces soupçons qui disent qu'écolo est devenu un parti comme les autres, plus préoccupé de sa survie et de celle de ses mandats, que du bien commun.

Cela sauverait l'écologisme politique, et peut-être la planète.

Mesdames, Messieurs, Seppuku.

















26 avril 2012

Fumer nuit gravement à la démocratie. (à peu près)


Petite étude de toxicité politique du droit de vote.
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Il est des produits qui ne sont nocifs que quand l'on s'en sert. Le tabac est de ceux là. Sa dangerosité lui vaut de percutants carrés en noir et blanc, criant au visage du fumeur que le tabac l'abat.

Le vote extrémiste aussi. © moi
Le vote ne rentre pas dans cette catégorie.
Le droit de vote n'est dangereux que quand l'on ne s'en sert pas.
S'abstenir c'est laisser les autres trancher à votre place. C'est marquer son accord avec le résultat final, quel qu'il soit. On s'en remet à la majorité des votants. On délègue. On perd le droit à la parole.

Exprimer sa voix au suffrage universel. Des générations de nos ancêtres sont mortes pour ce droit que nous galvaudons. Je ne veux pas vous culpabiliser mais rappeler que refuser d'utiliser son bulletin de vote c'est s'asservir de nouveau. S'inféoder.

Si l'on veut marquer son ras-le-bol on peut voter pour l'opposition, voter blanc ou nul mais pas s'abstenir.

L'abstention profite principalement aux extrémistes.
Eux ne s'abstiennent jamais. Ils sont motivés. Convaincus. 100% des extrémistes votent. Chaque abstention augmente le poids relatif de leurs idées.

100 votants inscrits. 10% d'extrémistes. Si 30% des votants s'abstiennent, les extrémistes rafleront 14% des voix. C'est mathématique. Et je parle bien de rafle. De prise en otage.
Ils sont sur-représentés.

Malheureusement.
Parce qu'à cause de leurs idées, le droit de vote devient dangereux quand l'on s'en sert.

C'est pourquoi je voudrais que soit inscrit sur chaque bulletin de vote, en lettres capitales sur fond blanc avec un encadré noir que "Le vote extrémiste nuit gravement à la démocratie".

Car à lire pas mal d'observateurs, se tourner vers l'extrême droite serait devenu légitime du moment que l'on est déçu, inquiet ou non entendu... Le cordon sanitaire se brise !

Les idées nauséabondes de rejet de l'autre, de différenciations et d'échelles de valeurs en fonction de la nationalité ou de l'appartenance à tel ou tel groupe sont en train de s'insinuer de nouveau dans les esprits.

Ce vote n'est pas légitime. 

Même si le rejet politique à la base du vote d'extrême droite est légitime, la solution choisie ne l'est pas.

Il n'est jamais légitime de voter pour le rejet de l'autre.
La démocratie ce n'est pas une majorité qui retire ses droits à une minorité, fut-elle allochtone. C'est une majorité qui protège les droits de tous.

Il compte.

La deuxième excuse serait que l'on vote pour eux sans vraiment faire partie de leur électorat.
Je vote pour un extrémiste mais je n'en suis pas un.

Soyons clairs.

Quelqu'un qui apporte ce type de réponse aux problèmes politiques que nous rencontrons EST un extrémiste. Il l'est devenu.
Par son vote et par définition.
Il est désormais un électeur qui va chercher une réponse à l'extrême spectre (brrr) de l'éventail politique.
Une réponse liberticide. Une réponse qui prône la peine de mort.

Qu'il soit aussi raciste c'est autre chose.
Mais dire qu'un vote extrémiste ne l'est pas vraiment... mon oeil.
Il suffit pour s'en persuader d'écouter la volonté derrière ce vote "d'y aller fort"; "On va voir ce qu'on va voir"; "si ça ça ne les fait pas bouger" et autres "tous pourris de toute façon" etc...
L'étape d'après c'est mettre une bombe?

Il pourrit le débat. 

Loin d'apporter un vent frais sur les sujet abordés le vote extrémiste détourne l'attention des enjeux majeurs.
Le halal comme sujet d'une élection présidentielle? Sérieusement? En pleine crise économique?
Les partis traditionnels qui chassent sur les terres de ces baronies du populisme et de la promesse facile? C'est cela que l'on veut lire?



Quand à traiter ces électeurs de parias, ce qu'on nous met en garde de faire, pour ne pas les brusquer, ces pauvres petites choses frêles qui tentent de se protéger derrière les vigiles en noir ; ils le méritent.

Ce sont eux qui, en démissionnant de la vie politique quotidienne et en laissant faire les appareils politiques sans participer, perpétuent l'immobilisme et compliquent la solution par leur vote.



Il est urgent de former les jeunes et les moins jeunes. De ré-impliquer les gens en politique.
D'expliquer les enjeux. Sinon les 20% en france c'est demain qu'on les dépasse. Le civisme c'est une culture. Elle se travaille.

Il est urgent aussi que les partis se recentrent sur les gens.
Qu'il cessent de ratisser en un gloubi-boulga de raccourcis ineptes et, plutôt que de s'écouter, qu'ils écoutent la société civile.
Qu'ils se réforment également; ils ne sont plus que l'ombre des porte-étendards de nos combats passés! S'ils ne faisaient la sourde oreille l'électeur ne sentirait pas le besoin de crier aussi fort que Marine pour se faire entendre.
Parce que c'est en participant au débat démocratique que nous sortirons nos pays de l'ornière, pas en criant avec les pit-bulls.

Engagez-vous, exprimez votre ras-le-bol là où c'est productif, pas en votant pour des slogans faciles et des promesses utopistes.
Faites adapter les programmes, faites vivre les idées.
Faites changer les partis de l'intérieur. C'est aussi cela le jeu démocratique.


Car ce vote la, toi aussi il t'abat.


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